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Questionnaire de repérage

Les questions suivantes visent à mieux comprendre la situation de proche aidance des usager·ère·s et à les orienter le cas échéant vers les ressources et services appropriés. Elles doivent être utilisées de façon flexible et adaptées selon le contexte de chaque personne.

S’informer de la situation de proche aidance, du parcours migratoire et du contexte familial

1. Est-ce que la personne rencontrée prend soin d’au moins un·e proche ayant une condition psychosociale ou de santé particulière?

Identifier si la personne est proche aidante d’au moins une personne vivant avec une maladie, un handicap ou un enjeu psychosocial nécessitant un accompagnement particulier.

Cette personne est une personne proche aidante, qu’elle se définisse comme telle ou non.

 Il serait important d’expliquer à la personne rencontrée la définition de la proche aidance avant de lui demander de décrire son rôle et ses différentes tâches (qu’elles soient réalisées régulièrement ou de façon ponctuelle) par la personne rencontrée ainsi que, le cas échéant, ceux des autres personnes impliquées dans les soins. Précisez depuis combien de temps la personne est engagée dans ce rôle et comment son implication a évolué dans le temps, en tenant compte de la fréquence des tâches réalisées.

En effet, la durée et l’intensité de l’implication influencent les impacts de la proche aidance. Être une personne proche aidante peut être une expérience gratifiante, formatrice et renforcer les liens entre les personnes impliquées. Toutefois, les effets négatifs sont également bien documentés, notamment les répercussions sur les finances personnelles et sur la capacité de la personne proche aidante à conserver un emploi ou poursuivre des études.

Informez-vous également des effets positifs ou négatifs qui peuvent concerner d’autres sphères de sa vie quotidienne tels que :

  • Sa vie familiale et amoureuse
  • Ses relations sociales et ses activités de détente
  • Sa santé mentale ou physique

Selon la situation, évaluez si la personne perçoit son rôle de proche aidante comme un fardeau et s’il génère du stress ou des inquiétudes, notamment quant à l’avenir. Cela permet d’apprécier son niveau d’espoir et sa capacité d’agir face à la situation.

Pour plus d’informations sur la définition de la proche aidance, consultez  Thème 1: Comprendre la proche aidance

Vous avez choisi « non » parce que la personne ne se reconnaît pas dans la question posée. Cependant, même si cette personne ne se reconnaît pas dans ce terme, il peut être pertinent de réviser avec elle la définition de la proche aidance afin de s’assurer que la personne n’est effectivement pas proche aidante.

Plusieurs problématiques de santé ou incapacités physiques, psychologiques ou psychosociales, temporaires ou permanentes, peuvent nécessiter les soins d’un·e proche.

De plus, la proche aidance ne concerne pas uniquement les personnes qui prennent soin d’un parent vieillissant ou d’un grand-parent. Elle touche aussi les partenaires, les parents d’enfants ayant des besoins particuliers, les ami·e·s, les collègues.

2. Est-ce que je suis au courant du statut migratoire et du contexte d’immigration :

a) De la personne qui prend soin d’un·e proche?
b) De la personne aidée?

Mieux comprendre le contexte de migration de la personne proche aidante et de celle aidée permet d’identifier certains facteurs contextuels et structurels qui peuvent influencer la situation de proche aidance et les besoins d’accompagnement. 

Prendre en compte les raisons et les motivations ayant mené à l’immigration au Québec, tant pour la personne proche aidante que pour la personne aidée, permet de mieux comprendre la complexité de la situation de proche aidance et des besoins d’accompagnement auxquels elles font face.   

Une immigration récente peut compliquer la situation de proche aidance, notamment lorsque la personne ne connaît pas encore bien les services offerts ni le fonctionnement du système de santé. Il est aussi important de considérer si la personne a immigré seule ou accompagnée afin d’identifier son réseau potentiel de soutien ainsi que les personnes susceptibles d’avoir, éventuellement, besoin de soins.  

En ce qui concerne les raisons de la migration, le fait d’avoir fui de manière forcée ou précipitée son pays influence les conditions d’installation et peut avoir des effets délétères sur la santé physique et psychologique. Dans un contexte déjà difficile, la responsabilité de devoir prendre soin d’un·e proche complexifie l’adaptation au Québec et peut fragiliser davantage les conditions de vie de ces personnes, notamment en nuisant à la recherche d’emploi, au processus de francisation ou en accentuant leur précarité financière. 

Pour aborder progressivement les raisons et les motivations de la migration, nous suggérons de poser une question précédée d’un préambule qui explique pourquoi ce sujet est abordé et qui rappelle à la personne qu’elle peut choisir de ne pas y répondre, sans conséquences pour elle-même ni la personne aidée : 

« Dans le but de vous diriger vers des services et des ressources pertinentes pour vous et vos proches et de mieux vous informer de vos droits, j’aimerais en savoir davantage sur votre parcours d’immigration et les raisons qui vous ont amenées au Québec. Êtes-vous à l’aise à ce que je vous pose des questions à ce sujet? » 

Il peut être également nécessaire de s’informer du statut migratoire de ces personnes puisque celui-ci peut influencer leur accès aux services sociaux et de santé. Les personnes immigrantes, réfugiées, en demande d’asile ou celles arrivées au Québec avec un permis de travail temporaire, d’études ou de visiteur n’ont pas toutes le même accès aux services sociaux et de santé. Cet accès peut aussi dépendre de la capacité à souscrire à une assurance médicale privée, laquelle n’offre généralement pas une couverture équivalente au régime public (RAMQ). De même, selon leur statut, elles ne sont pas toutes admissibles aux  services et aux protections sociales (aide sociale, service de garde subventionné). 

Toutefois, comme la question du statut migratoire peut être délicate, particulièrement pour les personnes à statut précaire, il importe comme professionnel·le de se demander si cette information est réellement essentielle à l’intervention. L’intervenant·e peut ainsi se poser la question :  

« Ai-je réellement besoin de connaître le statut migratoire de la personne, ou plutôt sa couverture et son admissibilité aux services? » 

Lorsqu’il n’est pas nécessaire de connaître le statut migratoire, il est préférable de privilégier la vérification de la couverture médicale (assurance publique provinciale (RAMQ), couverture fédérale (PFSI) , assurance privée), car c’est cette couverture qui détermine l’accès (ou non) aux services sociaux et de santé. 

Si l’intervenant·e choisit tout de même d’aborder la question du statut migratoire, il importe de préciser que c’est dans le but d’aider la personne à obtenir les services appropriés auxquels elle a droit et non à des fins de contrôle et de vérification. Pensez également à clarifier la nature confidentielle de cette information et les modalités de partage (ou de non partage) souhaitées par la personne rencontrée avec le reste de votre équipe (ex : note au dossier). 

Il est important de ne pas vous improviser experts en immigration. En cas de doute, des ressources détenant l’expertise pour vous accompagner au besoin existent. 

Pour en savoir plus sur les statuts d’immigration et l’accès aux soins et services, consultez les différentes ressources de l’Institut universitaire SHERPA et du CERDA. 

3. La personne rencontrée ou aidée parle-t-elle suffisamment le français pour communiquer avec les services sociaux et de santé?

Valider le degré d’aisance en français tant chez la personne proche aidante que chez la personne aidée. Ces dernières pourraient avoir besoin d’un·e interprète. Devoir traduire pour un·e proche ajoute à la charge déjà importante des personnes proches aidantes.

Il est important de bien évaluer le degré d’aisance en français, car communiquer dans cette langue avec les services sociaux et de santé sur des sujets complexes, intimes ou délicats est plus difficile que lors de situations de la vie quotidienne.

Au besoin, des services d’interprétariat doivent être mobilisés pour assurer un consentement préalable et éclairé et des soins adéquats comme le prévoit la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux (2023). Plusieurs services d’interprétariat peuvent être sollicités à cette fin, selon la région de résidence.

Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi une personne ne maîtrise pas le français, malgré ses efforts et le temps passé au Québec. Chose certaine, communiquer en français avec les services sociaux et de santé sur des sujets complexes, intimes ou délicats est plus difficile que d’utiliser cette langue dans des situations de la vie quotidienne.

 Une mauvaise communication ou des erreurs de compréhension dues à une barrière linguistique entre les individus et les soignants nuit à l’accès aux services, à la relation de confiance et peut même causer des erreurs dans la prestation de soins et les traitements.

Au besoin, des services d’interprétariat doivent être mobilisés pour assurer un consentement préalable et éclairé et des soins adéquats comme le prévoit la loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux (2023). Plusieurs services d’interprétariat peuvent être sollicités à cette fin, selon la région de résidence.

Pour plus d’informations, consultez l’infographie Surmonter une barrière linguistique en intervention et la banque d’interprètes du RSSS qui facilite l’accès aux services de santé et aux services sociaux des personnes allophones et anglophones.

4. Qui sont les membres du réseau social et familial de la personne rencontrée?

a) Au Québec?
b) Au pays d’origine?

Décrire le réseau social de la personne permet d’identifier :

1) les personnes à qui elle peut demander de l’aide en cas de besoin;

2) les personnes qui pourraient aussi potentiellement la solliciter pour de l’aide.

Il est important de confirmer si la personne rencontrée considère avoir un bon réseau de soutien ou si elle est socialement isolée, car cela influence grandement sa situation de proche aidance. Les personnes proches aidantes immigrantes disposent souvent d’un réseau de soutien restreint.

Une personne qui a un bon réseau de soutien est mieux outillée pour traverser les situations difficiles liées à son rôle de proche aidante.

Par ailleurs, le contexte familial exerce aussi une influence positive ou négative sur la capacité de la personne à prendre soin d’un·e proche. Il est donc important de s’informer si la personne rencontrée vit seule ou avec d’autres personnes. Vit-elle avec la personne aidée? A-t-elle d’autres membres de son entourage sous sa responsabilité, comme de jeunes enfants ou des personnes aînées? A-t-elle un·e partenaire sur qui elle peut compter ou est-elle célibataire ou monoparentale?

Certaines situations propres au fait d’être une personne immigrante ou d’avoir des membres de sa famille vivant à l’extérieur du Canada peuvent complexifier les situations de proche aidance.

Par exemple, la proche aidance peut être transnationale et nécessiter des allers-retours au pays d’origine ou ailleurs, ce qui implique des absences répétées et des coûts.

De même, une personne qui parraine un·e proche doit se porter garante financièrement pour une certaine période suivant le parrainage. Si la situation de proche aidance survient durant le parrainage d’un·e proche, cela peut précariser tant la personne qui parraine que la personne parrainée. En effet, durant cette période, la personne parrainée ne peut pas demander d’aide financière de dernier recours et n’a pas toujours accès à l’ensemble des services sociaux et de santé, lesquels doivent être assumés par la personne qui parraine. Au Québec, la durée d’engagement est de trois ans pour un·e conjoint·e et de 10 ans pour un parent ou un grand-parent.

Selon la situation, d’autres questions pourraient être posées :

  • La personne rencontrée vit-elle en milieu rural ou urbain? Selon le lieu de résidence, il peut être plus ou moins facile d’accéder à certains services. Dans certains cas, il convient de demander si la personne a accès au transport collectif ou à une voiture.

Identifier les besoins de la personne rencontrée

5. La personne rencontrée est-elle en emploi ou aux études?

Identifier les obstacles à l’intégration ou au maintien en emploi ainsi qu’à la poursuite d’études (s’il y a lieu) pour la personne rencontrée.

Prendre soin d’un·e proche peut avoir des effets délétères sur la vie professionnelle ou le parcours scolaire des personnes proches aidantes. Les impacts sur ce plan sont variables et dépendent entre autres du type d’emploi occupé, de la formation reçue (au Canada ou au pays d’origine), des expériences professionnelles avant d’assumer un rôle de proche aidante et de la durée de l’accompagnement de la personne aidée.

Ces impacts sont potentiellement complexifiés pour les personnes immigrantes qui prennent soin d’un·e proche et qui ont un statut migratoire précaire, qui sont arrivées récemment au Québec, qui vivent une déqualification professionnelle ou qui rencontrent des difficultés à s’exprimer en français.

Il est important de bien évaluer les impacts potentiels à l’insertion socioprofessionnelle et au maintien en emploi, car pour un bon nombre de personnes proches aidantes le fait de prendre soin d’un·e proche engendre une réduction des heures de travail, une perte de revenus et d’opportunités de mobilité en emploi. Pour celles qui sont aux études, la proche aidance peut entraîner des difficultés d’apprentissage et des absences répétées aux cours.

En 2023, 15 % des personnes proches aidantes avaient réduit leurs heures de travail. De plus, 62 % déclaraient ne pas avoir communiqué à leur employeureuse leur situation de personne proche aidante, dont 38 % par crainte de représailles (CCEA, 2024). Par ailleurs, 10 % avaient refusé de nouvelles opportunités d’emploi et 26 % avaient dû prendre un congé en raison de leur implication auprès de leur proche (CCEA, 2024).

Il est donc nécessaire d’informer les personnes proches aidantes de leurs droits en matière de conciliation travail-famille-proche aidance, notamment en ce qui a trait aux congés et prestations disponibles. De plus, il est souhaitable d’accompagner les personnes proches aidantes dans leurs discussions ou négociations avec leur employeureuse ou, le cas échéant, le corps professoral et la direction de leur établissement scolaire.

Il est important de bien évaluer les impacts potentiels de la proche aidance, car pour un bon nombre de personnes proches aidantes le fait de prendre soin d’un·e proche constitue un obstacle à l’insertion socioprofessionnelle et au maintien en emploi.

 Selon le profil de la personne :

  1. La personne proche aidante est-elle sans emploi par choix ou en raison du soutien qu’elle apporte à un·e proche?
  2. La personne proche aidante n’est-elle plus aux études volontairement ou en raison du soutien qu’elle apporte à un·e proche?
  3. Quelles sont ses sources de revenus actuellement?

Vérifiez les prestations financières auxquelles elle pourrait avoir droit pour lui assurer un certain soutien financier. Si la personne désire travailler, réfléchir au type d’emploi qui pourrait lui permettre de travailler tout en assumant son rôle de personne proche aidante.

6. Quels sont les besoins nommés ou que je peux moi-même identifier :

a) Pour la personne qui prend soin d’un·e proche?
b) Pour la personne aidée?

Identifier les besoins de la personne proche aidante et ceux de la personne aidée afin de mieux intervenir et la diriger vers des ressources et services pertinents.

Il n’est pas toujours facile pour les personnes proches aidantes de nommer leurs besoins, puisque leur attention est tournée vers ceux de la personne aidée. Souvent, leur principal besoin est simplement d’avoir accès à plus de services pour la personne aidée afin de dégager du temps pour se consacrer à d’autres sphères de leur vie quotidienne.

Les intervenant·e·s devraient aider la personne proche aidante à expliciter ses propres besoins et assurer un suivi à mesure que la situation de proche aidance évolue. Voici un rappel des principaux besoins mentionnés par les personnes proches aidantes :

Plus d’informations sur :

  • les ressources, prestations et services existants pour les personnes proches aidantes et la personne aidée
  •  la condition de santé de la personne aidée
  • les droits des personnes proches aidantes

Plus d’accompagnement : 

  • dans les démarches administratives
  • pour favoriser un maintien en emploi ou aux études
  • pour accéder et utiliser les différentes ressources et services existants

Un meilleur accès :

  • à des services sociaux et de santé adaptés, dont au soutien psychosocial
  • aux services d’interprétariat
  • au répit
  • au soutien financier

Identifier les interventions possibles à mettre en place via les services de l’organisme

7. Selon les besoins de la personne rencontrée, qu’est-ce que je peux faire pour la personne rencontrée, dans le respect du champ d’intervention de mon organisme?

Il est important d’identifier des pistes d’intervention réalistes à la portée de ce que vous pouvez faire au sein de votre organisme. L’objectif n’est pas d’ajouter à votre charge de travail.

Si c’est possible et pertinent, prévoyez un suivi avec la personne rencontrée afin de s’assurer de l’évolution de ses besoins et de ceux de la personne aidée.

Les animations vidéo présentées à la section  Histoires d’accompagnement vous permettent de réfléchir à des pistes d’intervention réalistes et adaptées à une variété de situations de proche aidance.

Identifier les ressources externes à recommander

8. Selon les besoins de la personne rencontrée, qu’est-ce qui dépasse le champ d’intervention de mon organisme et qui nécessite une recommandation externe?

Il est tout à fait justifié de ne pas pouvoir répondre à l’ensemble des besoins de la personne rencontrée. Lorsque ses besoins dépassent le champ d’intervention de votre organisme, il est important de la diriger vers des ressources et services appropriés.

Pensez à vous renseigner sur les organismes présents dans votre quartier ou votre région qui offrent des ressources et des services complémentaires aux vôtres. Connaissez-vous bien les ressources et services en proche aidance? Certains services et certaines ressources sont offerts à l’échelle provinciale, tandis que d’autres sont propres à certaines régions.

Voici les principales ressources et services généraux en proche aidance :

  • 811, option 2
  • L’Appui pour les proches aidants
  • La ligne Info-Aidant
  • La ligne Aide Maltraitance Adultes Aînés
  • CAP santé mentale
  • AMI-Québec
  • Société Alzheimer

Pour des informations :

  • Proche aidance Québec
  • Conciliation proche aidance-travail
  • Éducaloi – Personnes proches aidantes
  • Observatoire québécois de la proche aidance
  • IU SHERPA
  • ACCÉSSS
  • CHSSN

Consultez d’autres ressources disponibles dans la liste de références de cette trousse.