Adapter

Accueillir et intégrer l’interculturel

Intégrer les approches interculturelles et les pratiques inclusives dans le soutien des personnes proches aidantes

Médecin qui discute avec une personne aidée, il pose sa main sur son épaule

Les personnes proches aidantes issues de groupes ethnoculturels minoritaires ont besoin de se sentir respectées, écoutées et en sécurité, dans une relation fondée sur la réciprocité et la compréhension mutuelle. 

Les pratiques inclusives et les approches interculturelles favorisent un cadre d’intervention bienveillant et inclusif, qui reconnaît la diversité des expériences, des croyances et des façons de prendre soin. Elles invitent les intervenant·e·s à adopter des attitudes d’ouverture et de curiosité, tout en tenant compte des contextes de migration ou minoritaires qui peuvent influencer les parcours de vie et l’accès aux services.

Thème 1

L’interculturel au service de la relation d’intervention

 

L’approche interculturelle ne consiste pas à effacer les différences, mais à les reconnaître comme une richesse tout en soulignant les éléments susceptibles d’influencer les interventions. En contexte de proche aidance, cette posture favorise une relation d’aide plus égalitaire, une meilleure reconnaissance des besoins et valeurs des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires. Ultimement, elle vise à favoriser une meilleure collaboration avec elles. 

L’approche interculturelle 

Par sa nature, l’approche interculturelle est complémentaire à l’approche de santé centrée sur la personne. Celle-ci consiste à traiter chaque personne impliquée dans la relation de soin (la personne usagère et les proches) avec dignité et respect, offrir des soins coordonnés et personnalisés selon ses réalités, et soutenir le développement des forces et capacités pour favoriser une vie autonome et épanouissante 

Ces deux approches se renforcent mutuellement et sont particulièrement pertinentes en contexte d’intervention auprès de personnes proches aidantes.

Ce que ce n’est pas Ce que c’est
  • Une recette magique ou une formule standardisée
  • Une exigence d’avoir une connaissance exhaustive des pratiques ou croyances culturelles
  • Un renoncement à ses propres valeurs ou repères
  • De l’interprétariat
  • La création d’un espace d’échange où chaque partie apprend de l’autre
  • Une démarche qui vise à construire des compréhensions communes et à reconnaître la légitimité de différents points de vue
  • Une façon de rencontrer la personne là où elle se trouve, en tenant compte de son parcours, de ses références et de ses priorités

L’approche interculturelle selon l’Institut universitaire SHERPA

Quelques concepts clés

La culture n’explique jamais à elle seule les choix en matière de soins ou de proche aidance.

Elle constitue néanmoins un facteur parmi d’autres pouvant façonner les attentes, les perceptions et les dynamiques au sein de la relation d’intervention.

La culture renvoie aux façons de penser, de croire et d’agir associées à un groupe ou à une société. Elle peut influencer la manière dont les personnes perçoivent le monde, interagissent avec les autres et définissent leurs rôles, notamment en contexte de soins et de proche aidance. 

La culture n’est toutefois ni uniforme ni figée. Elle évolue dans le temps et se transforme au fil des expériences de vie. Parfois, elle peut même intégrer des valeurs ou des pratiques qui peuvent sembler contradictoires.

Image d'un iceberg métaphore de la culture, avec une partie visible et une partie invisible (sous l'eau)

Certains éléments de la culture sont facilement identifiables, comme la langue, l’alimentation ou certaines pratiques, mais la majeure partie est invisible : valeurs, normes implicites, rapports à l’autorité, à la santé, à la famille ou au système de soins. 

Au sein d’un groupe perçu comme « homogène », les trajectoires individuelles peuvent amener chaque personne à s’approprier, interpréter et négocier les références culturelles à sa manière, en fonction de son histoire, de son parcours migratoire, ou de sa situation familiale et sociale. Tous les individus sont porteurs d’une culture. 

Associer une personne à une culture uniquement à partir de son apparence ou de ses caractéristiques physiques est réducteur et peut-être problématique. Les traits physiques ne reflètent pas nécessairement les appartenances culturelles, qui sont multiples, complexes et souvent invisibles.

L’humilité culturelle peut être comprise comme un processus continu d’autoréflexion. Elle invite les professionnel·le·s à reconnaître leurs préjugés, leurs partis pris (souvent inconscients), ainsi que les privilèges et les rapports de pouvoir qui influencent leurs pratiques. 

Cette posture amène à se questionner sur la relation d’intervention ou de soins: 

  • Quelle est ma position dans cette relation? 
  • Quels rapports de pouvoir existent entre moi et la personne usagère? 
  • Comment ceux-ci peuvent-ils influencer l’intervention? 

L’humilité culturelle ne consiste pas seulement à développer des connaissances sur les cultures. Elle valorise également les efforts de questionnement, d’écoute et d’introspection, et encourage à adopter une posture d’ouverture et d’apprentissage. 

L’approche reconnaît que la maîtrise complète des connaissances culturelles est impossible, voire non souhaitable. Chercher à tout connaître peut mener à une vision simplifiée ou figée des personnes et générer des stéréotypes.

Intervenir dans une posture d’humilité invite donc plutôt à considérer chaque personne comme experte de sa propre réalité et à coconstruire l’intervention avec elle 

Les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires sont parfois perçues comme préférant naturellement s’occuper de leurs proches en famille plutôt que de recourir à des services formels. Cette façon de voir peut conduire à des interprétations rapides. Le fait de demander peu de services est alors perçu comme un choix culturel, et la prise en charge familiale comme une préférence.  

Dans certains contextes, la pression familiale ou sociale peut effectivement rendre la demande d’aide plus difficile et générer de la culpabilité ou un malaise. Dans d’autres, un sentiment de loyauté envers sa famille peut motiver la relation de proche aidance. Toutefois, réduire les trajectoires de soins à une question de culture ou de loyauté familiale risque de masquer d’autres réalités essentielles. Cela occulte aussi le fait que ces dynamiques sont également présentes au sein des personnes proches aidantes issues de la majorité.  

Le maintien des soins au sein de la famille est souvent lié à des contraintes structurelles bien concrètes : accès limité aux services, précarité financière, listes d’attente, barrières linguistiques, manque d’information sur les ressources disponibles, expériences négatives avec le système de santé ou craintes liées au statut migratoire. Pour plusieurs personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires, prendre soin d’un·e proche n’est pas un choix pleinement libre, mais souvent une responsabilité assumée faute d’alternatives accessibles ou adaptées. Il arrive aussi que la personne proche aidante souhaite garder la personne aidée à la maison pour s’en occuper, afin de la protéger, ainsi que soi-même, des expériences négatives vécues auparavant.   

Les perspectives familialistes peuvent avoir des effets directs sur l’accès aux services. Lorsqu’il est présumé qu’une personne ou famille « préfère s’occuper des siens », moins de services peuvent être proposés, et les besoins exprimés ou les références peuvent aussi être minimisés

Les biais sont des raccourcis cognitifs qui nous aident à interpréter rapidement une situation, mais qui peuvent aussi mener à des jugements hâtifs ou à des généralisations. Les biais ne relèvent pas d’une intention malveillante ; ils sont le produit de socialisations, de formations, d’expériences professionnelles et des normes dominantes du système de santé. 

En contexte interculturel, ils peuvent prendre la forme d’attentes implicites à l’égard des familles et des individus, de présomptions sur leurs préférences ou comportements Par exemple : 

  • Se fier à la première impression : penser qu’une personne proche aidante « semble bien gérer », sans explorer la réalité complète de son rôle, de ses expériences et de ses besoins 
  • Essentialiser : attribuer des caractéristiques fixes à un groupe culturel, par exemple supposer que toutes les familles d’une même origine perçoivent la proche aidance de la même manière 
  • Classer : répartir les personnes immigrantes en deux groupes, celles dont la culture est perçue comme proche des normes et valeurs québécoises, et celles dont la culture est considérée comme différente 
  • Généraliser : croire qu’un comportement observé chez une personne proche aidante représente tous les membres d’une communauté ou d’un groupe culturel ou croire que tout est attribuable à la culture 
  • Adhérer à des idées répétées : accepter des stéréotypes sur les personnes proches aidantes immigrantes (p. ex. : qu’elles ne veulent pas d’aide extérieure) sans vérifier la réalité 
  • Tirer des conclusions hâtives : faire des suppositions à partir d’informations partielles 
  • Le Brun, A., et St-Louis, J-C. (2025). Introduction à l’intervention interculturelle. Humilité culturelle et pratiques réflexives. Midi-atelier IU SHERPA. Institut universitaire SHERPA. Consulter. 
  • The Health Fondation (2016). Person-centred care made simple What everyone should know about person-centred care. The Health Fondation. Consulter. 
  • Samson, M-E., Le Gall, J., Pinchinat Jean-Charles, K., … et Johnson-Lafleur, J. (2024). Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec. Institut universitaire SHERPA. Consulter. 
  • Agence de la santé publique du Canada (2023). Définitions communes en matière de sécurité culturelle. Forum des professionnels de la santé de l’administratrice en chef de la santé publique. Agence de la santé publique du Canada. Consulter. 
  • Université de Sherbrooke (n.d.). Les biais inconscients. Université de Sherbrooke. Consulter.  
Thème 2

Bonnes pratiques d’intervention en proche aidance et contexte interculturel

En santé et services sociaux, plusieurs sujets peuvent être sensibles et parfois difficiles à confronter. Lorsque les croyances personnelles, culturelles et professionnelles s’y mêlent, des tensions ou des conflits peuvent se manifester.  

Le contexte de la proche aidance ajoute un niveau de complexité, puisque les valeurs des personnes proches aidantes s’ajoutent à celles des professionnels et des personnes aidées.

Dans ces situations, et particulièrement si la personne proche aidante appartient à un groupe ethnoculturel minoritaire, il existe un risque accru d’attribuer les tensions à des différences culturelles. Pourtant, leurs sources réelles sont souvent informationnelles, organisationnelles ou liées aux conditions d’exercice de la proche aidance. 

Pratique 1 : Prendre un pas de recul sur ses croyances  

Pratique 2 : Réfléchir à ses réactions et ajuster sa posture

Un exercice de réflexion individuel et collectif pour explorer les croyances culturelles et professionnelles sur la proche aidance en contexte de diversité ethnoculturelle.

Un outil qui vise à explorer les réactions face aux tensions et à identifier des postures favorisant une intervention interculturelle respectueuse et partenariale.

Pratique 3 : Adapter la communication

Les normes de communication sont profondément contextuelles : le choix de l’interlocuteur, du moment et de la forme du message peut être interprété de façon radicalement différente selon les personnes. La variation de ces normes peut parfois entraîner des malentendus ou des fermetures.

Dans le contexte de la proche aidance, les différences au niveau de la communication influencent la manière dont les personnes proches aidantes et les personnes aidées peuvent exprimer leurs besoins, leurs inquiétudes ou leur consentement. Elles peuvent également influencer la relation entre les professionnel·le·s et ces personnes. 

Comprendre ces variations et trouver des compromis entre les attentes de tous et toutes est essentiel pour offrir un soutien adapté.

  • Certaines personnes privilégient une communication directe et explicite, tandis que d’autres mettent davantage l’accent sur le contexte, le ton, le silence ou le langage non verbal  
  • Des façons de communiquer (silence, évitement du regard) peuvent être interprétées comme de l’arrogance ou de la soumission par certains. Pour d’autres, éviter le regard peut apparaître au contraire comme une marque de respect 
  • Il peut être moins courant d’exprimer ouvertement ses émotions ou de s’y attarder 
  • Certaines personnes proches aidantes peuvent ne pas parler des impacts de leur rôle, par respect pour leur proche ou pour protéger la réputation de la famille 
  • Les questions liées à certaines conditions de santé peuvent être taboues, rendant la communication plus difficile 
  • Certaines personnes peuvent dissimuler leur souffrance ou leurs difficultés, craignant de se plaindre ou de déranger 
  • Les questions directes peuvent parfois être perçues comme intrusives ou indiscrètes 
  • Certaines personnes peuvent adopter un rôle passif face à une figure d’autorité 
  • Accepter un conseil ou contacter une ressource peut être fait par peur de déplaire, de choquer ou de briser le lien de confiance sans engagement réel 

Mise en garde : Il est important de ne pas interpréter trop rapidement les styles de communication à partir de catégories culturelles. Avant de projeter des intentions ou des valeurs associées à un groupe culturel, il faut s’intéresser aux expériences et aux perceptions réelles de la personne proche aidante. Cela peut se faire en interrogeant la personne elle-même.

  • Valider les différents éléments auprès de la personne concernée et ne pas porter de jugements trop hâtifs 
  • Écouter les besoins de la personne, ce qu’elle attend de la thérapie ou de la rencontre, ses priorités, son ressenti par rapport à la rencontre, etc.  
  • Par exemple : « Cela semble être une période difficile, comment aimeriez-vous que je vous aide? » 
  • Expliquer le déroulement de l’intervention, le nombre de séances et ses objectifs 
  • Expliquer que, même si vous êtes placé·e dans un rôle d’expert·e, vous êtes ouvert·e à la discussion et à la rétroaction  
  • Discuter explicitement du style de communication que la personne préfère 
  • Pour ne pas accentuer la stigmatisation, axez la discussion sur les pistes de solutions plutôt que sur les problèmes ou les diagnostics 
  • Se concentrer sur ce que la personne trouve prioritaire, si cela est réaliste. Les enjeux avec la famille, l’intégration sociale ou l’emploi peuvent sembler le plus pressants. Avec les personnes réfugiées et les personnes en demande d’asile, il est particulièrement recommandé d’opter pour des interventions psychosociales visant à combler les besoins immédiats 
  • Ajuster son approche au fur et à mesure si nécessaire : adopter un style plus directif en début d’intervention pour ensuite passer à un style plus collaboratif 
  • Certaines questions, même posées avec de bonnes intentions, peuvent être vécues comme intrusives si la relation de confiance n’est pas encore établie. Il est donc essentiel d’expliquer clairement le sens des questions posées et leur lien avec l’accompagnement proposé 

En discutant avec une personne ayant un bagage culturel différent, une expérience migratoire ou parlant une autre langue, gardez ces points en tête : 

  • S’adapter au niveau de vocabulaire de la personne. Exprimer ses émotions dans une langue étrangère est plus difficile. Ces difficultés n’indiquent pas un manque de capacité à communiquer ou de compréhension de soi 
  • Être attentif·ve au ton employé et à celui de la personne. Les variations de ton peuvent avoir des significations différentes 
  • Des expressions courantes au Québec ou en Amérique du Nord (« avoir les blues », « être en burn out », « être déprimé·e », « vouloir décrocher », etc.) peuvent ne pas être comprises 
  • La communication non verbale (contact visuel, silence, rythme, distance, mouvements, toucher, etc.) varie selon les groupes. Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives, car il est impossible de connaître la signification de chaque geste ou silence 

Il est toujours important de reformuler les propos de la personne pour vérifier votre compréhension. Au besoin, demandez de clarifier les termes inconnus ou qui pourraient être faussement familiers. Invitez-la aussi à reformuler ce que vous avez dit.

  • Reconnaître avec la personne que des incompréhensions peuvent survenir pendant l’échange, malgré les précautions prises 
  • Demander à la personne de signaler si elle se sent jugée ou mal comprise pour pouvoir ajuster votre approche 
  • Des questions sensibles pour la personne peuvent être posées, mais il est important de la rassurer sur la bienveillance de celles-ci 
  • Éviter d’utiliser des termes techniques, qui peuvent ne pas être compris, sans les avoir expliqués à la personne 
  • Essayer d’identifier le niveau de compréhension de la personne de la terminologie des services, ainsi que des termes liés à la proche aidance. Il s’agit d’un concept relativement nouveau et qui reste méconnu. Dans certains contextes, comme lors des premiers contacts, des termes plus généraux comme « personne qui prend soin » ou « personne qui accompagne » devraient être privilégiés  
  • La terminologie de la santé mentale peut être mal comprise ou stigmatisante. Utilisez des mots plus généraux comme la tristesse, le stress, l’inquiétude, les crises émotionnelles, le bien-être, le mal-être, etc. 
  • Si vous parlez de santé mentale, utilisez une définition positive et présentez-la comme un continuum. Abordez les différentes dimensions du bien-être (émotionnel, social, psychologique, physique, etc.) avec délicatesse 

Adapté de

Plus d’outils sur la communication

Pour plus de conseils sur la communication avec un·e interprète ou pour communiquer en l’absence d’interprète consultez les bonnes pratiques identifiées dans le module Accessibilité linguistique et proche aidance.

Thème 3

Croyances religieuses, spiritualité, savoirs traditionnels : démêler le tout

Les croyances religieuses, la spiritualité et les savoirs traditionnels font partie intégrante de la manière dont certaines personnes comprennent certains aspects liés à la santé ou aux soins. 

Lorsqureconnus et accueillis avec ouverture, ils peuvent aussi devenir de véritables atouts pour le bien-être et pour l’interventionAdopter une posture d’ouverture permet de mieux accueillir et intégrer ces croyances et savoirs, lorsque pertinent, dans les parcours de soins et de services. 

  • Les croyances religieuses, la spiritualité et les savoirs traditionnels ne sont pas propres aux personnes immigrantes, racisées, ou appartenant à une minorité ethnoculturelle.

Distinguer les concepts

Religion et spiritualité en contexte de proche aidance  

La proche aidance ne se limite pas toujours à des dimensions pratiques et médicales, mais peut aussi intégrer des formes de soutien symboliques et spirituelles essentielles au bien-être de certaines personnes.

Quelques repères :

  • Au Canada, 12 % des personnes proches aidantes immigrantes et 16 % des personnes proches aidantes racisées offrent un soutien lié aux activités religieuses ou spirituelles de leur proche
  • Certaines d’entre elles accompagnent leur proche dans des lieux de culte ou lors de rituel
  • D’autres apportent un soutien spirituel plus informel, en priant avec la personne, en facilitant des pratiques religieuses ou en offrant une présence et des paroles réconfortantes pour traverser des épreuves

Pour les personnes proches aidantes elles-mêmes, la religion et la spiritualité peuvent constituer un important facteur de protection dans leur trajectoire. Elles peuvent aussi être source de contraintes ou de tensions pour d’autres.

Certaines personnes vivent leur spiritualité de manière intime et personnelle, tandis que d’autres s’inscrivent dans une pratique collective au sein d’une communauté. À l’inverse, certaines ne font pas de lien entre leur foi, lorsqu’elles en ont une, et leur expérience de proche aidance. 

Comme soutien collectif Comme soutien individuel Comme source de tension
  • Les lieux de culte ou de rencontre spirituelle peuvent être des espaces de socialisation, de répit, ou d’information
  • Leur fréquentation peut aider à réduire l’isolement, obtenir des conseils ou de l’aide concrète
  • La religion ou la spiritualité aident à donner un sens aux épreuves, à se rassurer, à tenir bon dans les moments difficiles
  • La prière, la méditation ou les rituels peuvent apporter un apaisement émotionnel
  • Les activités religieuses ou spirituelles peuvent être une source de dilemme existentiels ou de désillusion lorsqu’elles entrent en déséquilibre avec l’expérience vécue de proche aidance
  • Des divergences au niveau des croyances peuvent créer des conflits entre les personnes impliquées

Les dimensions du soutien religieux pour les personnes proches aidantes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire (issues des données collectées par l’IU SHERPA)

Se situer en tant que professionnel·l·e

Aborder la religion ou la spiritualité peut susciter des inconforts. Avant d’intervenir, il est utile de prendre un moment de réflexion personnelle: 

  • Quelles sont vos craintes ou appréhensions à l’idée d’aborder la religion ou la spiritualité en intervention? 
  • Craignez-vous de « mal faire », d’être intrusif·ve ou de manquer de connaissances? 
  • Connaissez-vous la position de votre établissement ou organisme concernant l’intégration de ces dimensions dans l’intervention? Il existe parfois des politiques ou cadres qui peuvent vous guider.  
  • Disposez-vous d’espaces de supervision ou de soutien pour réfléchir à ces enjeux? 

L’objectif principal dans l’intervention n’est pas d’adhérer aux croyances exprimées par la personne, mais de lui montrer que vous accordez de la valeur à son point de vue et de lui laisser un libre choix, sans jugement.

Cela nécessite d’accueillir différentes façons de penser et de faire, et de reconnaître que la proche aidance peut parfois s’inscrire dans un cadre religieux ou spirituel. Il convient également de vérifier si les croyances sont une source de soutien ou de résilience, sans perdre de vue les autres facteurs individuels, relationnels et structurels en jeu.

Il est important de considérer qu’en contexte de proche aidance :

  • Avoir des croyances religieuses ne signifie pas nécessairement pratiquer
  • La religion peut influencer les valeurs et les décisions, même si elle n’est pas nommée dans la relation de soins
  • Les croyances et pratiques religieuses peuvent être conciliées avec les soins formels
  • Les demandes formulées explicitement au nom de la religion demeurent rares

Dans les cas où un conflit survient entre les valeurs de l’intervenant·e et celles de la personne accompagnée ou de son proche aidant, il est recommandé de :  

  • Reconnaître explicitement le conflit de valeurs 
  • Prendre du recul et éviter de réagir de manière défensive ou normative 
  • Recourir à la supervision ou à la consultation d’un·e collègue d’expérience 

Si, malgré cette démarche, l’intervenant·e estime ne pas être en mesure de mettre de côté ses propres valeurs pour intervenir de façon éthique et respectueuse un retrait de l’intervention peut être envisagé en dernier recours. Ce retrait ne devrait avoir lieu que si le contexte organisationnel le permet et que la continuité du soutien peut être garantie. 

La décision d’arrêter une intervention doit toujours viser la qualité du service offert à la personne proche aidante et à son proche.  

Les soins spirituels

Le bien-être spirituel des personnes est inscrit dans la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux, qui garantit le respect de leurs droits et de leurs besoins spirituels.  

Des intervenant·e·s en soins spirituels (ISS) travaillent aussi dans plusieurs établissements de santé et de services sociaux à travers le Québec, notamment dans les centres hospitaliers.  Les ISS peuvent devenir des collaborateur·trice·s précieux·ses, notamment pour soutenir des situations complexes où des enjeux spirituels, culturels ou existentiels influencent l’adhésion aux soins, la prise de décision ou l’expérience de la maladie. La complémentarité de leur expertise permet d’enrichir l’approche interdisciplinaire et de renforcer une prise en charge réellement centrée sur la personne et ses proches.

Un exemple concret :

Concilier les savoirs traditionnels en proche aidance

Selon l’Organisation mondiale de la santé, près de 80 % de la population mondiale s’appuierait sur la médecine traditionnelle pour répondre à ses besoins de santé. Bien qu’elles puissent concerner l’ensemble des domaines de la santé, ces pratiques sont particulièrement mobilisées en santé mentale, en soins palliatifs et en oncologie. Elles peuvent aussi être utilisées dans des situations de maladies aiguës.

Pour plusieurs personnes proches aidantes et leurs familles : 

  • La valeur de ces savoirs peut être perçue comme équivalente ou complémentaire à celle des traitements conventionnels
    • Ces pratiques peuvent aussi être perçues comme plus accessibles et dignes de confiance
  • Les savoirs traditionnels et les pratiques qui en découlent peuvent s’être développées en réponse à un accès limité aux services publics
  • Ces savoirs et pratiques peuvent continuer d’occuper une place importante dans les soins même après des parcours migratoires

Enjeux pour l’intervention

  • Les personnes peuvent cacher leur usage de pratiques traditionnelles par crainte du jugement 
  • Certaines pratiques peuvent interagir avec des traitements conventionnels (p. ex : contre-indications). Il n’est pas possible de les identifier si la personne n’est pas à l’aise de parler de ses pratiques 
  • Des tensions peuvent émerger lorsque les représentations de la santé, de la maladie et du traitement diffèrent entre les professionnel·le·s et les personnes proches aidantes : 
    • Lorsque ces différences ne sont pas reconnues ou discutées ouvertement, elles peuvent fragiliser la relation de confiance, compliquer la prise de décision partagée et nuire à l’adhésion au plan de soins 

Bonnes pratiques

Accueillir sans juger
  • Reconnaître qu’il peut s’agir d’un marqueur identitaire et relationnel important
  • Chercher à comprendre la logique et la signification de ces pratiques pour la personne
  • Poser des questions pour mieux comprendre les circonstances dans lesquelles ces savoirs sont mobilisés :
    « Je sais que, dans plusieurs cultures, il existe des traitements ou pratiques traditionnelles pour [condition]. Est-ce quelque chose que vous utilisez ou envisagez? »
Assurer la sécurité des usager·ère·s
  • S’appuyer sur son jugement clinique pour évaluer les risques et bénéfices potentiels
  • Informer sur les contre-indications et les interactions possibles
  • Orienter, au besoin, vers des ressources communautaires ou des personnes détenant des savoirs reconnus
Favoriser la complémentarité
  • Éviter d’opposer savoirs traditionnels et biomédecine
  • Explorer les possibilités d’utilisation sécuritaire des différentes approches
  • Reconnaître que l’ouverture à ces pratiques peut renforcer la confiance et constituer une porte d’entrée vers d’autres formes de soutien
  • Chenouard, B., Smith, C., Luong, T. N., Raphaël, F., et Boyer, A. (2023). La grille transculturelle de la Clinique pédiatrique transculturelle de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont comme outil d’évaluation. Intervention, (156), 141–154.
  • El Amraoui, A., Kaboré, P., eKalil Konate, I. (2026). Personnes proches aidantes immigrantes ou racisées au Canada : portraits et réalités. Une analyse secondaire des données de l’enquête Être aidant au Canada du Centre canadien d’excellence pour les aidants. Trousse Confluences, Institut universitaire SHERPA.
  • Ghayebie Motlagh, E., Davoudi, N., Bakhshi, M., Ghasemi, A., et Karimi Moonaghi, H. (2022). The Conflict between the Beliefs of the Health Care Providers and Family Caregivers in the Use of Traditional Medicine in Pediatric Oncology: An Ethnographic Study. Journal of caring sciences, 12(1), 64–72.
  • Le Gall, J., Xenocostas, S. et Lemoyne‐Dessaint, S. (2012). Manifestations du fait religieux dans les institutions de santé de première ligne au Québec. Alterstice, 2(2), 23–34. Consulter.
  • Le Gall, J., et coll. (2023-2026). Être proche aidant quand on est un homme immigrant ou descendant de migrants. Quelles réalités, quels défis et quels besoins? Action concertée financée par les Fonds de recherche du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Consulter.
  • Meintel, D. (2022). La pluralité religieuse au Québec (Ser. Pluralismes). Presses de l’Université de Montréal.
  • Ouimet, A., et Tremblay, S. (2023). La prise en compte des croyances religieuses et spirituelles en intervention interculturelle auprès des jeunes et de leur famille. Trousse pour le renforcement des capacités interculturelles des services destinés aux jeunes et à leur famille. Institut universitaire SHERPA, CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal. Consulter.
  • Samson, M-E., Le Gall, J., Pinchinat Jean-Charles, K., … et Johnson-Lafleur, J. (2024). Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec. Institut universitaire SHERPA. Consulter. 
  • Thommeret, E. (2021, 5 avril). Les intervenants en soins spirituels, soignants méconnus des hôpitaux. Quartier Libre. Consulter.
  • World Health Organization. (2019). WHO global report on traditional and complementary medicine 2019. World Health Organization. Consulter.
  • World Health Organization. (s. d.). Traditional medicine [Questions & réponses]. World Health Organization. Consulter.

IntérogationÀ retenir

Les approches interculturelles et de soins centrés sur la personne se renforcent mutuellement. Les combiner, c’est mieux répondre aux réalités des personnes proches aidantes issues de groupes ethnoculturels minoritaires.

Certaines personnes proches aidantes n’utilisent pas les services disponibles, pas par manque d’intérêt, mais parce que des obstacles réels freinent l’accès. Comprendre ces dynamiques, c’est pouvoir adapter son approche plutôt que d’attendre que les gens viennent chercher de l’aide.

En tant qu’intervenant·e, cela peut se traduire concrètement par :
  • Travailler sa posture d’intervention : nous sommes tous influencés par nos propres normes, cultures, et expériences, et reconnaître ces influences et les biais possible qui en découle, c’est la première étape pour mieux comprendre l’autre.
  • Pratiquer l’humilité culturelle : le respect des croyances religieuses, de la spiritualité et des savoirs traditionnels des personnes, sans jugements ou présupposés, renforce la confiance et l’alliance thérapeutique.
  • Ne pas ramener toutes les explications à des causes culturelles : bien d’autres facteurs influencent les choix des personnes en matière de soins et de santé, au même titre que la culture (dont la trajectoire de vie, le contexte migratoire, la situation socio-économique, l’organisation des services, le niveau de littératie, etc.)
  • Éviter d’avoir recours à des généralisations : appartenir à un groupe culturel ne détermine pas les comportements d’une personne, ni leur adhésion à des croyances spécifiques. Chaque personne est unique et mérite d’être traitée comme telle.