Comprendre

Proche aidance au masculin

Découvrir les réalités, besoins et défis des hommes proches aidants issus de l’immigration 

Hommes qui s'entraident

Les personnes proches aidantes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire ont des profils très diversifiés. Âge, genre, statut migratoire, niveau de revenu, scolarité, langue parlée ou orientation sexuelle : autant de facteurs qui influencent leur quotidien, leur rôle et responsabilités, et qui modulent leur accès à du soutien. Certains groupes peuvent être particulièrement vulnérables ou moins visibles aux yeux des services.  

Ce module invite à dépasser la représentation dominante de la proche aidance pour mettre en lumière une réalité souvent ignorée : celle des hommes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui s’engagent dans ce rôle. Ils sont nombreux à accompagner un proche, mais leur contribution reste encore trop souvent invisibilisée par des stéréotypes persistants sur la place des hommes dans les soins.


Les connaissances et outils présentés dans ce module sont développés dans le cadre du projet « Être proche aidant quand on est un homme immigrant ou descendant de migrants : quelles réalités, quels défis et quels besoins ? ».

Le projet est financé par le Fonds de recherche du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux dans le cadre du programme Actions Concertées du Fonds de recherche du Québec – secteur Société et culture 2023-2026.

Résumé du projet

Thème 1

Des expériences d’accompagnement invisibilisées

Les hommes proches aidants (HPA) immigrants et/ou racisés se distinguent de leurs homologues non immigrants et non racisés sur plusieurs aspects, tout en présentant aussi des points de convergence. 

Voici un aperçu de leurs profils basés sur des données statistiques récentes  

Les hommes proches aidants (HPA) immigrants ou racisés se distinguent de leurs homologues non immigrants et non racisés sur plusieurs aspects, tout en présentant aussi des points de convergence.

Voici un aperçu de leurs profils basés sur des données statistiques récentes. Ces hommes sont : 

Plus jeunes   62% d’entre eux ont moins de 45 ans (contre 37% des hommes nés au canada non racisés, soit les HPA de la majorité).
Prennent soin des mêmes personnes 
  • Il existe peu de différence entre les HPA selon leur appartenance ou non à un groupe ethnoculturel minoritaire ; ils soutiennent les mêmes types de proches dans des proportions similaires.  
    • En moyenne, ils prennent le plus souvent soin : d’un parent, d’un autre membre de la famille, d’un·e partenaire, d’un enfant ou d’un·e ami·e.  
  • On notera tout de même que les HPA de groupes ethnoculturels minoritaires sont plus nombreux à prendre soin d’un enfant ou d’un parent, tandis que les HPA nés au Canada non racisés sont plus nombreux à prendre soin d’un·e partenaire. 
Plus nombreux à cohabiter avec le proche  Dans 50% des cas ils cohabitent avec la personne aidée (10% de plus que pour les HPA de la majorité) 
Plus diplômés 
  • Les hommes proches aidants issus d’un groupe ethnoculturel minoritaires sont plus scolarisés : 67 % détiennent un diplôme universitaire, comparativement à 40 % des hommes de la majorité. 
    • Ils sont également plus nombreux à avoir complété plus d’une maîtrise (28 % contre 13 %) 
Plus nombreux à occuper un emploi à temps plein ou à temps partiel  
  • Ils occupent plus fréquemment un emploi : 61 % travaillent à temps plein et 12 % à temps partiel, alors que ces proportions sont de 48 % et 6 % chez les hommes de la majorité. Ils sont toutefois environ trois fois moins nombreux à être retraités. 
  • Les proportions d’hommes sans emploi, étudiants ou travailleurs autonomes sont similaires d’un groupe à l’autre, soit autour de 5 % chacun 
Plus nombreux à avoir un faible revenu  Ils sont deux fois plus nombreux à avoir un revenu familial annuel inférieur à 19 999$ et moins nombreux à déclarer un revenu familial de plus de 100,000$.

Portrait sociodémographique comparatif des hommes proches aidants appartenant à un groupe ethnoculturel au Canada (analyse secondaire des données du CCEA, 2024)

Les motivations qui poussent les hommes à s’engager dans une trajectoire de proche aidance sont multiples et évolutives.  

L’aide offerte peut-être perçue comme naturelle. Elle s’inscrit dans un rôle de fils, de conjoint, de père. Elle découle d’un lien affectif fort et d’un sens des responsabilités envers la personne aidée. Les hommes associent leur rôle à des valeurs de solidarité, à la protection des personnes ainées, à la fierté ou à un sentiment d’accomplissement.  

Pour moi, c’est naturel, les gens qu’on aime et qui sont proches, on s’en occupe  (homme qui prend soin de sa conjointe atteinte d’un cancer). 

Ils peuvent aussi être la seule personne disponible : maîtrise de l’anglais ou du français, éloignement géographique de la famille, absence de réseau, refus d’un membre de la famille à s’engager, volonté de ne pas impliquer des personnes plus vulnérables ou les enfants, etc. Ils sont aussi parfois amenés à partager les responsabilités de proche aidance avec d’autres membres de l’entourage. Comme pour l’ensemble des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires, l’engagement dans la proche aidance est aussi parfois le résultat de contraintes structurelles. 

Je ne vois pas qui aurait pu le faire, puis je sentais déjà en voyant comment ça se passait à l’hôpital, je me suis dit ‘il faut que je sois là puis il ne faut pas que je lâche’ (homme qui prend soin de sa conjointe souffrant d’une maladie neurologique) 

Les justifications strictement culturelles sont rarement centrales dans les explications offertes par les hommes vis-à-vis de leur rôle. Certains évoquent toutefois le désir de soutenir leurs aîné·e·s ou de « redonner » à leur proche, parfois en lien avec des croyances religieuses ou familiales. 

Ils jouent des rôles variés auprès de leurs proches, qui vont bien au-delà d’un simple soutien matériel.  

Ils assument également :  

  • Des tâches domestiques : préparation des repas, lessive, rangement du domicile, suivi des comptes et des papiers administratifs 
  • Du soutien médical : accompagnement aux rendez-vous médicaux, de même que la surveillance et l’administration des médicaments et traitements
  • Diverses tâches relevant des soins personnels :  aide à la toilette, habillement, gestion de l’incontinence, soutien à l’alimentation, etc. 
  • De la gestion au niveau des services et des soins : recherche et demandes de services pour la personne aidée, à domicile comme en institution 

Par exemple, au Canada:  

  • Près de 50% des hommes aidants immigrants et/ou racisés déclarent avoir offert du soutien pour la préparation des repas et les tâches ménagères
  • 1 sur 4 rapporte avoir fourni des soins personnels ou aidé à administrer des traitements médicaux
  • Plus d’1 sur 2 indique offrir du soutien émotionnel à leur proche

Dans la mesure où leurs responsabilités d’aidant le leur permettent, ils maintiennent aussi un rôle de soutien économique. Lorsque plusieurs personnes proches aidantes se partagent les responsabilités, la division des tâches n’est pas toujours genrée, mais répond parfois à une autre logique (en fonction des disponibilités, des compétences ou connaissances de chacun, du lien affectif avec la personne, etc.). 

J’ai partagé les soirs avec une préposée. Je faisais 17 heures et demie [de soutien] par semaine, et l’autre personne, fait que l’autre personne venait deux fois, le matin et le soir pour la lever et pour la journée c’est moi. Parce que à chaque quatre heures, je changeais les couches deux fois je le faisais tout ça(homme qui prend soin de sa mère âgée souffrant de la maladie d’Alzheimer)

Dans notre recherche : Tous les hommes rencontrés considèrent que la responsabilité des soins n’incombe pas uniquement aux femmes. 

De façon générale, les hommes vivent des impacts similaires au reste des personnes proches aidantes mais certains peuvent être amplifiés. 

La proche aidance peut d’abord complexifier les finances et la vie professionnelle. Surtout lorsqu’ils sont les aidants principaux.  

  • Au Canada, 44% des hommes proches aidants d’un groupe ethnoculturel minoritaire déclarent avoir vécu des difficultés financières dans la dernière année (contre 36% pour les hommes proches aidants de la majorité)
  • Ils sont aussi 2.3 fois plus nombreux à avoir dépensé plus de 3 000$ au cours de la dernière année pour s’occuper de leur proche

La police m’avait dit : il faut que soit tu t’occupes d’elle comme il faut ou tu la places dans une maison de retraite. Fait que j’ai laissé le travail en 2010 à cause de ça. Parce qu’elle sortait, et comme elle marchait encore, elle tombait (…) (homme qui prend soin de sa mère âgée souffrant de la maladie d’Alzheimer) 

Ils sont nombreux à devoir trouver des stratégies, comme cumuler plusieurs emplois ou trouver des ressources gratuites (comme les banques alimentaires, etc.). Ceux ayant un employeur conciliant ou qui peuvent travailler de la maison s’en disent chanceux ou reconnaissants.  

L’impact au niveau de leur santé et bien-être est parfois sous-estimé. Les hommes sont nombreux à vivre des difficultés en lien avec la santé mentale : quelques-uns sont passés par des épisodes de grand stress ou de dépression, tandis que certains vont jusqu’à évoquer avoir eu des idées suicidaires lorsque la situation de proche aidance était devenue trop lourde. 

Tous ces impacts peuvent également être accentués par le manque de services adaptés et le manque d’information des hommes.  

Tout comme l’ensemble des personnes proches aidantes, les hommes ont généralement plus de facilité à identifier et à nommer les besoins de leurs proches. Ils partagent également plusieurs besoins communs avec l’ensemble des personnes proches aidantes. 

Ils peuvent néanmoins faire face à des besoins spécifiques liés à leurs réalités : 

  • Être reconnus et valorisés : que leur rôle d’aidant soit reconnu par les professionnels de la santé et l’entourage, que leur contribution soit légitimée et leur vécu pris au sérieux, et qu’ils ne se sentent pas invisibles dans le parcours de soin 
  • Être informés : sur leurs droits, sur les services disponibles pour eux et pour la personne aidée, sur les critères d’admissibilité, ainsi que sur l’existence des ressources communautaires 
  • Obtenir des conseils : pour mieux gérer la situation de proche aidance, trouver du soutien et prendre soin de leur propre bien-être 
  • Être encadrés : pour mieux appréhender la trajectoire de proche aidance et ses différentes étapes, pour comprendre la maladie et les besoins de leurs proches, être formés aux techniques de soin, et naviguer dans le réseau de santé 
  • Être écoutés : soutien en santé mentale (formel ou informel), groupes de parole sous toutes leurs formes, et empathie de la part des professionnels 
  • Recevoir un soutien financier : simplification des démarches et mesures plus inclusives 
  • Accéder à du répit : disposer de moments de pause et de ressourcement, que ce soit par des services de relève à domicile, des hébergements temporaires pour la personne aidée, ou toute autre formule permettant de souffler et de préserver leur santé 

Parmi les hommes qui n’identifient aucun besoin, plusieurs facteurs explicatifs ressortent : les services obtenus pour la personne aidée, une formation préalable à leur rôle, des ressources financières permettant d’accéder aux services, ou encore des expériences passées les ayant préparés. Plusieurs soulignent qu’ils occupent une position privilégiée 

Par ailleurs, l’identification des besoins peut être retardée lorsque l’acceptation du rôle d’aidant est graduelle et s’installe progressivement. 

[au début], on ne réalise pas qu’on est en train de devenir proche aidant. On pense simplement qu’on fait quelque chose, ce jour-là, pour aider ses parents […] mais ensuite, ça devient comme s’il y en avait de plus en plus, encore et encore, et c’est très isolant et extrêmement stressant. (homme ayant pris soin de son père atteint d’un cancer et qui prend soin de sa mère souffrant d’une maladie neurologique) 

Le Gall, J., et coll. (2023-2026). Être proche aidant quand on est un homme immigrant ou descendant de migrants. Quelles réalités, quels défis et quels besoins? Action concertée financée par les Fonds de recherche du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Consulter.

Thème 2

Comprendre la demande de soutien et l’accès aux services par ces hommes

L’impuissance face à la souffrance d’un proche et à la détérioration de son état de santé, la lourdeur des tâches à accomplir, ainsi que les décisions difficiles à prendre font vivre à la plupart des hommes interviewés un éventail d’émotions intenses. Pourtant, beaucoup d’entre eux n’ont pas eu recours à des services de soutien, ou l’ont fait tardivement. 

S’il est vrai que, pour certains hommes demander de l’aide peut représenter un défi, cette réalité n’est ni homogène, ni uniquement culturelle. Elle s’explique par une combinaison de facteurs personnels, relationnels, sociaux et structurels qu’il est essentiel de comprendre pour éviter les généralisations réductrices.

Formes d’aide et sources de soutien mobilisées par les hommes  

Lorsque les hommes immigrants proches aidants font appel à des ressources extérieures, les formes de soutien les plus fréquemment mobilisées sont le suivi psychologique, le répit, les groupes destinés aux hommes, ainsi que les groupes d’entraide et les organismes pour proches aidants. Le soutien psychologique et le répit ressortent comme les deux besoins les plus souvent nommés. 

J’ai ressenti le besoin de voir un psychologue une centaine de fois, surtout la nuit quand je suis seul avec mes pensées. Et c’est le pire moment. C’est le pire moment. On ne partage rien avec personne. On est là, seul, à penser jusqu’à s’endormir. Et parfois, on n’arrive pas à dormir. (homme qui prend soin de sa conjointe atteinte d’Alzheimer)

Une minorité des hommes rencontrés affirme ne pas ressentir le besoin de recourir à des services. C’est le cas notamment de ceux qui ont une formation en santé, ou dont les besoins sont déjà comblés par leur réseau. Il reste toutefois utile de s’assurer que ce non-recours repose sur un choix éclairé, et non sur une méconnaissance des ressources disponibles ou une mauvaise identification de leurs besoins. 

Pour les hommes qui bénéficient d’un soutien, celui-ci a été bénéfique :  

Mais ça m’a beaucoup aidé. Au moins, je pouvais avoir quelqu’un à qui ventiler certaines choses, des faits, des problèmes et tout ça, ma mauvaise humeur et d’autres choses, et ça m’a aidé. (homme qui prend soin d’un fils ayant un trouble du spectre de l’autisme)

Une partie des hommes rencontrés exprime avoir voulu consulter un psychologue ou bénéficier de répit, sans jamais franchir le pas. D’autres mentionnent avoir entamé des démarches, mais qu’elles se sont révélées infructueuses. Les raisons invoquées sont souvent cumulées : manque de temps, manque d’information sur les services disponibles, barrières linguistiques ou administratives.  

Ces hommes ne manquaient pas de volonté ou de besoin, ils manquaient de portes d’entrée accessibles vers les services. 

Dimensions de l’accès au soutien et aux services

L’accès aux services se définit comme la possibilité d’obtenir des services de santé appropriés lorsque jugé nécessaire. 

La capacité d’une personne à obtenir ces services est influencée par des facteurs individuels (démographiques, sociaux et économiques), mais aussi environnementaux et liés à l’organisation des services. À ces facteurs peuvent s’ajouter des barrières organisationnelles, linguistiques, culturelles et financières auxquelles font face les personnes appartenant à des minorités ethnoculturelles, et ce, malgré un accès aux services de santé théoriquement égal pour toutes et tous. 

Cet outil vise à soutenir une réflexion critique sur les différentes dimensions de l’accès aux services à partir du cadre développé par Levesque et coll. (2013). Ce cadre considère l’accès comme un processus dynamique impliquant à la fois : 

  • les caractéristiques des services et de ses professionnels et l’organisation du système 
  • les capacités des personnes à reconnaître leurs besoins, chercher de l’aide, accéder aux ressources et s’engager dans les soins

Pour les hommes proches aidants issus de l’immigration, chacune des étapes de l’accès peut être complexifiée par : 

  • les représentations de la masculinité (véhiculées dans la société et pas toujours en accord avec la manière dont les hommes se perçoivent)
  • les conceptions de la famille et de la proche aidance 
  • les expériences migratoires ou minoritaires 
  • la précarité économique 
  • les barrières linguistiques 
  • les expériences positives ou négatives vécues avec les institutions. 

Pistes de réflexion

  • Centre canadien d’excellence pour les aidants. (CCEA) (2024). Être aidant au Canada : Enquête auprès des aidants et des fournisseurs de soins à travers le Canada. Centre canadien d’excellence pour les aidants. Consulter. 
  •  Le Gall, J., et coll. (2023-2026). Être proche aidant quand on est un homme immigrant ou descendant de migrants. Quelles réalités, quels défis et quels besoins? Action concertée financée par les Fonds de recherche du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Consulter.
  • Le Gall, J., Pontbriand, A., Lapalme, A., … Ruiz-Casares, M. (2022). Portrait de l’utilisation des services sociaux et de santé : perspectives des hommes immigrants. Institut universitaire SHERPA, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île de-Montréal. Consulter. 
  • Levesque, J. F., Harris, M. F., et Russell, G. (2013). Patient-centred access to health care: conceptualising access at the interface of health systems and populations. International journal for equity in health, 12, 18
Thème 3

Boite à outils

Dépliant pour les hommes

Un dépliant pour sensibiliser les hommes proches aidants à l’importance de prendre soin d’eux et qui propose des conseils, ainsi que des ressources de soutien.

Fiche – Perceptions et pratique

Une fiche pour sensibiliser aux idées reçues concernant les hommes issus de l’immigration dans le contexte des soins et à leurs effets sur les expériences d’accompagnement et les pratiques d’intervention.

Restez à l’affut, plusieurs outils pratique sont en cours de développement !

Thème 4

Créer des espaces de création et de dialogue pour les hommes proches aidants

Les hommes proches aidants issus de l’immigration disposent de peu d’espaces pour mettre en mots et partager leurs expériences. Des modalités d’ateliers adaptées à leurs réalités peuvent toutefois faciliter l’expression, la prise de parole et la mise en sens de leur vécu. C’est dans cette optique que des ateliers de mise en récit et d’expression visuelle, inspirés de la démarche Photovoice, ont été développés. 

Retrouvez ici les principaux résultats, réflexions et pistes d’action issus de cette démarche participative, mobilisant différents modes d’expression et d’échange.

Qu’est-ce qu’un Photovoice ?  

La démarche Photovoice (ou Photovoix) est une méthode de recherche participative qui combine photographie et dialogue pour rendre visibles les expériences vécues des participants. Bien que traditionnellement utilisé en recherche, elle s’adapte aussi aisément aux besoins de l’intervention. 

Elle facilite l’exploration de sujets sensibles, souvent peu abordés, et rend visibles des réalités qui restent habituellement en marge des services. Face à l’absence de lieux institutionnels pour répondre aux vulnérabilités masculines, ce format d’atelier peut offrir un espace sécuritaire, mais surtout alternatif où la parole des participants peut s’exprimer.  

Dans le cadre de notre projet, 10 hommes ont participé à deux séries d’ateliers de mise en récit entre septembre et novembre 2025, au cours desquels ils étaient invités à partager leurs expériences sous divers formats dont la photographie et l’écriture, et à en discuter collectivement. 

Les avantages en contexte de proche aidance

Appliquée à la proche aidance au masculin, cette activité offre aux participants un moyen accessible et valorisant d’exprimer leurs réalités, de nommer leurs défis et de partager des savoirs ancrés dans leur quotidien. La compassion, l’empathie et les apprentissages développés entre les participants témoignent de la richesse que peut stimuler la mise en récit par la narration et les visuels. 

Selon le stade de leur parcours, les hommes ne présentent pas le même recul sur leurs expériences. Si certains vivent leurs premières prises de conscience, d’autres ont appris à donner du sens aux bouleversements engendrés par l’accompagnement de leur proche. Les échanges deviennent alors un espace pour informer, conseiller et nourrir des réflexions. Cette mixité constitue une de ses forces principales observées.  

 Je pense que ça donne une opportunité de réfléchir à sa situation, de parler avec quelqu’un, d’avoir une oreille attentive. De parler des problèmes, des joies, des souffrances qu’on éprouve. Pour moi, c’était bien, surtout l’exercice de chercher des photos qui représentaient notre quotidien. Je n’avais pas décidé tout de suite, mais en pensant à ma vie, à mes hauts et mes bas. (Homme prenant soin de sa femme atteinte de la maladie d’Alzheimer) 

Coup d’œil sur les résultats des discussions  

Dans le cadre de ces ateliers, plusieurs dynamiques s’observent : les hommes s’ouvrent aux autres et n’hésitent pas à aborder des sujets sensibles, à parler de leurs souffrances, de leurs craintes, mais aussi de moments plus doux.  Malgré des réalités parfois très différentes, la parole partagée est devenue un espace de réparation, d’empowerment et de reconnaissance mutuelle. En mettant des mots sur leurs doutes, leur fatigue et leurs valeurs, les hommes sont en mesure de redonner du sens à un rôle souvent invisible. 

Ces ateliers ont permis, entres autres : 

  • De déconstruire les stéréotypes : La proche aidance est une expérience qui transforme le quotidien, les relations, les émotions, l’identité, les philosophies de vie et les repères des hommes
  • D’accéder à un univers émotionnel complexe et profond
  • D’exposer les limites du réseau de la santé et des services dans le soutien aux besoins des hommes
  • D’établir les espaces de parole collective comme un outil permettant aux participants de prendre du recul sur leurs situations et aussi de repartir plus léger

Les ateliers de mise en récit, à l’instar de la démarche Photovoice, s’inscrivent dans une approche participative et de coconstruction.  

Les personnes qui prennent part à ce type d’ateliers présentent généralement des parcours de vie diversifiés, des réalités générationnelles variées et se situent à différents moments de leur trajectoire de proche aidance. Dans ce contexte, un cadre d’animation favorisant une présence discrète et des interventions limitées permet de faire émerger une diversité de thématiques et de points de vue. 

Ces personnes sont invitées à aborder des situations de leur choix, ce qui influence les directions prises par les échanges et contribue à des contenus qui varient d’un groupe à l’autre, selon les expériences et les réalités présentes. 

Bien que les récits et les thématiques puissent différer entre les groupes, ils s’inscrivent dans un même espace de dialogue où les expériences se rejoignent, se croisent et se répondent. Les dynamiques de groupe permettent de dépasser des situations individuelles, en apparence simples et singulières, pour faire émerger les dimensions multiples et interconnectées de la proche aidance. 

Aperçu comparatif des thématiques discutées dans les deux groupes ayant pris part à l’exercice

Les produits issus de la démarche

Restez à l’affut, un guide de mise en œuvre et une exposition numérique sont en cours de développement !