Comprendre les réalités, les défis et besoins des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires

La proche aidance est bien plus qu’un simple geste d’entraide.
Elle s’inscrit dans une réalité ancrée dans les contextes sociaux, économiques et culturels complexes. Pour bien comprendre ce phénomène au Québec, il est essentiel de reconnaître qu’il évolue dans des dynamiques influencées par de nombreux facteurs sociaux et structurels.
Ce premier module explore la nature et le contexte de la proche aidance au Québec. Il met en lumière la diversité des profils de personnes proches aidantes au Québec, plus particulièrement celles appartenant à des groupes ethnoculturels minoritaires. Il vise également à mieux comprendre la pluralité des réalités vécues dans le but d’offrir des clés pour offrir un soutien adéquat.
La proche aidance au Québec
Dans un contexte de vieillissement de la population québécoise et de l’évolution du système de santé et de services sociaux, la proche aidance s’est imposée comme un phénomène sociétal. Les personnes proches aidantes sont ainsi devenues des actrices incontournables des soins.
Qu’est-ce que la proche aidance?
- C’est le soutien apporté, de façon non professionnelle, par une personne à un∙e proche qui vit avec une incapacité temporaire ou permanente – qu’elle soit physique, psychologique, sociale ou autre. Ce soutien peut être occasionnel ou régulier, à court ou à long terme
- L’objectif est d’améliorer la qualité de vie de la personne aidée, que ce soit à domicile ou dans un autre milieu de vie
- L’aide ne vise pas toujours les membres de la famille immédiate ou les personnes aînées. Il est possible d’être une personne proche aidante pour des ami∙e∙s, des voisin∙e∙s, des collègues
- Cette aide doit être apportée de manière libre, éclairée et révocable
- Plusieurs personnes peuvent s’impliquer auprès d’un∙e proche. Une personne peut aussi soutenir plusieurs proches en même temps
Formation disponible
Depuis le printemps 2024, la formation « Portrait des réalités et besoins des personnes proches aidantes : pour une meilleure reconnaissance » est disponible pour les équipes du RSSS et du milieu communautaire. D’une durée d’environ 90 minutes, avec la possibilité de la compléter en plusieurs fois, elle est disponible gratuitement en ligne.
Des repères chiffrés
Au Québec, 1 personne sur 5 âgée de 15 ans et plus est proche aidante
- Une majorité des personnes proches aidantes sont des femmes, particulièrement dans la tranche d’âge de 45 à 64 ans. Toutefois, un nombre considérable d’hommes sont également impliqués et leur réalité est parfois invisible
- 37 % soutiennent plus d’une personne
- 57 % occupent un emploi en parallèle
- 42,3 % apportent de l’aide à un parent
- 54,6 % offrent 4 h et plus de soutien par semaine à leur proche
Attention – Ces tendances peuvent différer pour certains groupes, notamment ceux appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire. En plus, un grand nombre de personnes proches aidantes ne se reconnaissent pas comme telles.
Politiques publiques et proche aidance
Depuis l’adoption de la Loi visant à reconnaître et soutenir les personnes proches aidantes en 2020, le gouvernement du Québec a multiplié les efforts pour mieux reconnaître et soutenir les personnes proches aidantes, notamment en déployant des outils pour sensibiliser les équipes du RSSS aux bonnes pratiques pour les accompagner et mettre en place une approche partenariale.
Plusieurs initiatives traduisent la volonté du gouvernement de reconnaître les personnes proches aidantes comme des partenaires, de respecter leurs volontés et capacités, et de structurer les services pour qu’ils soient accessibles, inclusifs et coordonnés.
- Le cadre de référence Reconnaître les personnes proches aidantes comme partenaires pour mieux les soutenir est un document clé pour le réseau de la santé et des services sociaux. Il présente notamment les pratiques et le cheminement cliniques ainsi que les conditions organisationnelles requises pour favoriser l’accompagnement des personnes proches aidantes au Québec.
D’un autre côté, la Loi sur la gouvernance du système de santé et de services sociaux réitère la responsabilité populationnelle des établissements publics de santé et de services sociaux du Québec : « L’établissement public doit, en concertation avec les organismes représentatifs des communautés ethnoculturelles et les autres établissements de sa région, favoriser l’accessibilité aux services de santé et aux services sociaux qui soit respectueuse des caractéristiques de ces communautés ethnoculturelles. » (article 419)
La diversification de la population québécoise et de la proche aidance
Le concept de proche aidance s’est transformé au fil du temps. Il a évolué sous l’effet de changements sociaux, économiques, culturels et démographiques. L’immigration a particulièrement contribué à cette transformation en redéfinissant les formes de solidarité familiale au Québec.
Selon les données du recensement de 2021, le Québec compte environ 8,5 millions d’habitants :
- 14,6 % sont nées à l’extérieur du Canada (on parle de personnes immigrantes)
- 16,7 % d’entre elles sont arrivées au cours des cinq dernières années
- 2,5 % sont des résident∙e∙s non permanent∙e∙s détenant un permis temporaire (visa de visiteur, permis d’études ou de travail temporaire) ou des personnes en demande d’asile
- 10,6 % des Québécois∙es ont au moins un parent né à l’extérieur du Canada
- 16,1 % des Québécois∙es déclarent appartenir à une minorité visible
- Une partie de la population appartient à une minorité linguistique :
- 7,6 % des Québécois∙es ont l’anglais comme langue maternelle. Parmi ces personnes, certaines peuvent aussi parler le français ou d’autres langues non officielles tandis que 5,3 % des Québécois∙es ont connaissance de l’anglais seulement
- 13,4 % des Québécois∙es sont des personnes allophones
Le visage de la proche aidance au Québec reflète la diversité grandissante de la population, notamment par la présence importante de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire.
Les personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire :
- Partagent, à des degrés variables, des traits collectifs basés sur leur origine ethnique, leur culture, leur langue et/ou leur religion
- Peuvent être nées au Québec OU être immigrantes, réfugiées ou en demande d’asile
- Peuvent être des personnes racisées ET/OU avoir au moins un parent ou un grand-parent immigrant
- Peuvent être francophones, anglophones OU allophones. De plus, ces personnes peuvent avoir le français, l’anglais ET/OU une autre langue comme autre langue d’usage
Institut de la statistique du Québec (ISQ) (2022). Les personnes proches aidantes au Québec en 2018. Institut de la statistique du Québec. Consulter.
Statistique Canada (2023). Profil du recensement, Recensement de la population de 2021, produit nº 8-316-X2021001 au catalogue de Statistique Canada. Ottawa. Diffusé le 15 novembre 2023. Consulter.
Qui prend soin et dans quelles conditions?
Portraits statistiques
Il existe peu de données statistiques québécoises permettant d’établir un portrait clair des personnes proches aidantes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire.
Néanmoins, certaines données canadiennes au sujet des personnes proches aidantes immigrantes (nées à l’extérieur du Canada) et celles s’identifiant comme racisées offrent un certain éclairage.
Personnes proches aidantes immigrantes
Personnes proches aidantes racisées
Proche aidance, facteurs sociodémographiques et conditions de vie
Les personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire au Québec ont des profils diversifiés et souvent complexes. Une même personne peut être immigrante, allophone, à statut précaire, racisée et anglophone, par exemple. Malgré cette diversité, elles font face à certains enjeux communs. Elles rencontrent plus d’obstacles pour répondre à leurs besoins de base : se loger, se nourrir, trouver un emploi, accéder à l’éducation ou aux soins de santé.
Ces difficultés peuvent complexifier l’expérience de proche aidance, tant pour la personne qui offre du soutien que pour celle qui en bénéficie. Elles ont des répercussions concrètes sur la santé et le bien-être des personnes proches aidantes, ainsi que sur leur capacité à prendre soin de leur proche.
Les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires sont donc susceptibles de :
| Vivre avec davantage de besoins en santé non comblés | Expérimenter davantage la déqualification professionnelle | Avoir un salaire moyen inférieur au reste de la population |
| Avoir plus de difficulté à accéder à un médecin de famille | Ne pas avoir d’assurance médicale leur permettant d’accéder à des services de santé | Être plus touchées par les pertes d’emploi et le chômage |
| Vivre de la discrimination en plus forte proportion | Se déclarer en moins bonne santé mentale | Avoir difficilement accès à des services d’interprétariat |
Portraits statistique
- El Amraoui, A., Kaboré, P., et Kalil Konate, I. (2026). Personnes proches aidantes immigrantes ou racisées au Canada : portraits et réalités. Une analyse secondaire des données de l’enquête Être aidant au Canada du Centre canadien d’excellence pour les aidants. Trousse Confluences, Institut universitaire SHERPA.
- Centre canadien d’excellence pour les aidants. (CCEA) (2024). Être aidant au Canada : Enquête auprès des aidants et des fournisseurs de soins à travers le Canada. Centre canadien d’excellence pour les aidants. Consulter.
Conditions de vies documentées dans :
- Institut de la statistique du Québec (ISQ). (2024). Personnes proches aidantes, vitrine statistique sur l’égalité entre les femmes et les hommes. Institut de la statistique du Québec. Consulter.
- Levert, A., et Fakhoury, L. (2021). Les personnes immigrantes et le marché du travail Québecois, 2020. Direction de la planification de l’immigration et des analyses économiques (DIPAÉ). Ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI). Consulter.
- Le Gall, J., Pontbriand, A., Lapalme, A., … Ruiz-Casares, M. (2022). Portrait de l’utilisation des services sociaux et de santé : perspectives des hommes immigrants. Institut universitaire SHERPA, Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Ouest-de-l’Île de-Montréal. Consulter.
- Samson, M-E., Le Gall, J., Pinchinat Jean-Charles, K., … et Johnson-Lafleur, J. (2024). Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec. Institut universitaire SHERPA. Consulter.
- Maltais, I. (2019). Santé des demandeurs d’asile vivant à Montréal : un rapport dénonce des lacunes. Radio-Canada. Consulter.
À bien des égards, les personnes de groupes ethnoculturels minoritaires partagent plusieurs besoins et vivent des enjeux similaires à ceux des autres personnes proches aidantes. Certaines réalités qui leur sont spécifiques demeurent toutefois méconnues en raison d’un manque d’information, mais également d’idées reçues qui circulent sur certains groupes.
Questions de réflexion à se poser à la lecture de ces idées reçues :
- Ces idées ou généralisations circulent-elles dans mon milieu de pratique? Si oui, sous quelles formes?
- Quel est leur impact sur les interventions, notamment les approches utilisées?
- Quel est leur impact sur l’organisation des services ou sur le rapport aux personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires?
- Est-ce que l’un ou l’autre de ces mythes a déjà influencé, consciemment ou non, mes façons d’intervenir ou mes perceptions?
Cette idée repose sur une interprétation partielle des données statistiques disponibles, selon laquelle les personnes immigrantes au Canada déclarent, en proportion moindre que la population générale, avoir pris soin d’un∙e proche.
Des données récentes remettent cependant cette idée en question. Elles ne montrent pas de différence notable entre personnes immigrantes et non immigrantes – un taux qui tournerait autour de 40 % pour chaque groupe. Ce constat s’appliquerait aussi aux personnes racisées.
| Soins fournis uniquement à des adultes (15 ans et plus) en % | Soins fournis uniquement à des enfants (15 ans et moins) en % | Soins fournis à la fois à des enfants et des adultes en % | Total | |
|---|---|---|---|---|
| Immigrant∙e∙s non récent∙e∙s (10 ans et plus) | 13,0 | 23,1 | 5,2 | 41,3 |
| Immigrant∙e∙s récent∙e∙s | 3,8 | 31,8 | 3,9 | 39,5 |
| Non-immigrant∙e∙s | 16,0 | 20,5 | 5,9 | 42,4 |
Données issues de l’Enquête sociale canadienne (2022), Statistique Canada (adapté de Wray (2024))
Plusieurs raisons peuvent expliquer que la proportion de personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels soit sous-estimée dans certaines études et dans les connaissances générales sur la proche aidance :
- Un manque de données désagrégées
- La taille restreinte des échantillons
- Un profil démographique plus jeune pour les groupes ethnoculturels
- Des barrières linguistiques ou culturelles à la participation aux enquêtes
Il est vrai que les personnes appartenant à un groupe ethnoculturel ne se reconnaissent pas toujours spontanément dans l’appellation « personne proche aidante ». Toutefois, il n’existe pas de données probantes qui démontrent qu’elles s’identifient moins que les autres à ce rôle.
Ce manque d’autoreconnaissance est parfois interprété comme un désintérêt ou un refus d’être identifiée comme une personne proche aidante. Cependant, il peut également être lié à des obstacles systémiques ou linguistiques :
- Le manque d’accessibilité de l’information notamment en lien avec la Loi visant à reconnaître et à soutenir les personnes proches aidantes, peut nuire à la compréhension de ce rôle
- Le terme personne proche aidante n’existe pas dans toutes les langues, ou il peut ne pas avoir de signification équivalente
- Le terme est encore souvent associé aux soins apportés à une personne aînée. Ainsi, il peut-être moins spontanément reconnu dans des situations où une personne soutient un enfant, un partenaire ou une personne du cercle élargi
Nos recherches révèlent que de nombreuses personnes proches aidantes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire n’ont jamais entendu l’appellation « personne proche aidante ». Elles n’ont pas toujours connaissance de l’existence d’une loi encadrant et reconnaissant ce rôle au Québec.
Certaines approches tendent à accorder une trop grande importance aux dimensions culturelles, au détriment des contraintes structurelles et contextuelles qui influencent l’accès aux services et la décision de s’investir auprès d’un∙e proche. Même lorsque l’engagement repose sur un lien affectif, il n’est pas toujours librement choisi.
L’implication des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires ne peut être réduite à un simple « devoir culturel » ou à des valeurs familiales prétendument plus fortes que dans la population générale. Comme pour la majorité des personnes proches aidantes, il repose sur un mélange de choix, de motivations personnelles et de contraintes.
| Des motivations relationnelles et personnelles | Des contraintes et des obligations |
|---|---|
Prendre soin d’un∙e proche peut relever d’un choix et de motivations individuelles pour plusieurs personnes proches aidantes :
|
Des contraintes ou des obligations peuvent également être à la source de cet engagement, voire s’ajouter aux motivations individuelles. Elles peuvent être :
|
Motivations et contraintes à l’engagement dans la proche aidance, telles que soulignées par les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires (Samson et coll., 2024)
À bien des égards, l’engagement des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires ressemble à celui de l’ensemble des personnes proches aidantes. Elles offrent du soutien de différentes manières : aide aux soins corporels, accompagnement lors de rendez-vous médicaux, écoute et présence émotionnelle, tâches domestiques, transport, aide administrative ou financière, etc. Leurs responsabilités peuvent être multiples et souvent intenses, comme pour de nombreuses personnes proches aidantes.
Certaines formes de soutien s’ajoutent cependant pour ces personnes proches aidantes : l’interprétariat informel, la médiation culturelle, l’accompagnement dans des démarches liées au statut migratoire ou à l’intégration, le parrainage, etc. Ces responsabilités spécifiques doivent être prises en considération, car elles influencent les soins et services dont elles ont besoin. Au Canada, les personnes racisées et immigrantes ont tendance à passer plus d’heures journalières à aider leur proche que les personnes non racisées et nées au Canada.
De façon générale, il est difficile pour elles d’exprimer leurs propres besoins sans les relier à ceux de la personne aidée. Beaucoup tendent même à les mettre au second plan. Pourtant, reconnaître et évaluer leurs propres besoins est essentiel : les oublier ou les nier peut s’apparenter à une forme de maltraitance et générer un manque d‘équité sociale et en santé.
Leurs besoins sont multiples, complexes et imbriqués entre eux :
- Besoin d’information et de soutien pour accomplir des démarches logistiques et administratives
- Accompagnement personnalisé pour naviguer dans le système de santé et de services sociaux
- Soutien financier et amélioration des conditions d’emploi
- Meilleure collaboration avec les professionnel∙le∙s de la santé
- Accès à des services adaptés, culturellement pertinents et suffisants
- Reconnaissance et soutien psychosocial, incluant une validation de leur rôle
- Services de répit et de gardiennage, souvent absents ou inaccessibles
Ces besoins ne sont pas uniques aux personnes proches aidantes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire. Ils sont en revanche souvent exacerbés par des obstacles structurels et des expériences spécifiques liées à l’immigration, à la discrimination ou à la précarité. Par exemple, au Canada, les personnes proches aidantes immigrantes et racisées sont plus nombreuses à déclarer vivre des difficultés financières, à chercher de l’information sur des services ou encore du soutien.
Même si le rôle de personnes proches aidantes peut être valorisé dans certains groupes, cela n’efface en rien la charge réelle, les besoins concrets des personnes et l’impact de leur accompagnement. Ce rôle doit être reconnu, soutenu et accompagné, sans présumer que l’attente culturelle équivaut à une absence de besoin.
De façon générale, les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires disposent souvent d’un réseau limité, surtout celles arrivées récemment au Québec. Celles qui ont réussi à se créer un réseau y accordent une grande importance. Plusieurs témoignent du rôle essentiel que joue la socialisation avec des membres de leurs communautés (sociale, religieuse, ethnique, etc.) pour briser leur isolement. Elles obtiennent aussi souvent de l’information et du soutien au travers de leurs familles, ami∙e∙s et réseaux communautaires et informels.
Cela dit, la présence d’un réseau social ne garantit pas nécessairement un allègement de la charge. Le réseau peut être insuffisant ou difficile à mobiliser pleinement.
Si les milieux communautaires, associatifs ou religieux peuvent jouer un rôle clé dans le soutien des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires, leur action peut être limitée par :
- un manque de financement récurrent
- des liens faibles avec le réseau public, ce qui rend plus complexe le référencement
- une méconnaissance du phénomène de la proche aidance
- des enjeux d’accessibilité, notamment en région
La grande majorité des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires souhaitent accéder à des services formels et elles en reconnaissent la valeur. Plusieurs personnes proches aidantes immigrantes soulignent même la qualité des ressources en santé et services sociaux disponibles au Québec, notamment en comparaison avec leur pays d’origine.
Cependant, divers facteurs peuvent freiner la demande de services, dont :
- Méfiance envers le système : expériences passées de discrimination, promesses non tenues, sentiment d’être jugées par les professionnel∙le∙s
- Sentiment de non-reconnaissance : échanges impersonnels, absence d’écoute ou de suivi, faible prise en compte de leur réalité
- Sentiment d’instrumentalisation : perceptions d’être un numéro de dossier plutôt qu’une partenaire dans la trajectoire de soins de leurs proches
- Manque d’ouverture à la diversité : incompréhensions liées aux croyances, à la culture ou à la langue, qui peuvent créer une distance dans la relation avec les professionnel∙le∙s
- Manque de flexibilité et d’adaptation culturelle : approches peu adaptées aux réalités et préférences des proches, horaires qui ne correspondent pas aux besoins
Ces obstacles illustrent le besoin de mieux tenir compte de la diversité des réalités culturelles, familiales et linguistiques, ainsi que des statuts et trajectoires migratoires des personnes proches aidantes dans l’offre des soins et services.
- El Amraoui, A., Kaboré, P., et Kalil Konate, I. (2026). Personnes proches aidantes immigrantes ou racisées au Canada : portraits et réalités. Une analyse secondaire des données de l’enquête Être aidant au Canada du Centre canadien d’excellence pour les aidants. Trousse Confluences, Institut universitaire SHERPA.
- Samson, M-E., Le Gall, J., Pinchinat Jean-Charles, K., … et Johnson-Lafleur, J. (2024). Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec. Institut universitaire SHERPA. Consulter.
- Wray, D. (2024). “Pris en sandwich” entre la prestation de soins non rémunérés à des enfants et à des adultes dépendants de soins : une analyse comparative entre les genres. Nº89 au catalogue. Statistique Canada. Consulter.
- Pocock, J. (2019). L’accès aux soins de santé et aux services sociaux en anglais au Québec. Rapport de données de base 2018-2019. Réseau communautaire de la santé et des services sociaux (CHSSN), Santé Canada.
- Le Gall, J., et coll. (2023-2026). Être proche aidant quand on est un homme immigrant ou descendant de migrants. Quelles réalités, quels défis et quels besoins? Action concertée financée par les Fonds de recherche du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux. Consulter.
Facilitants et obstacles à l’accès aux services
Les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires, incluant celles qui sont immigrantes, rencontrent statistiquement plus d’obstacles dans l’accès aux services que la population générale.
Certaines conditions peuvent contribuer à alléger la charge des personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires et à prévenir leur épuisement. En revanche, en l’absence de ces conditions, ou en présence de barrières systémiques et relationnelles, leur accès aux services peut devenir encore plus complexe.
Voici un aperçu de ces facteurs :
On retrouve ici plusieurs éléments spécifiques aux individus, soit leurs caractéristiques sociodémographiques, compétences personnelles et sociales, normes et valeurs culturelles, etc.
Si ces facteurs touchent principalement les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires, ils s’appliquent aussi aux personnes qu’elles accompagnent.
Facteurs facilitant l’accès aux services
- Une bonne connaissance du RSSS et de ses ressources
- Un emploi flexible
- La possibilité de recourir occasionnellement à des ressources et des services privés pour compenser l’absence de services adaptés
Obstacles à l’accès aux services
- Une possible conception différente de la maladie ou du handicap
- Des stigmas ou des tabous entourant certains types d’intervention, de services ou certaines maladies
- Un manque de connaissances sur la maladie ou la condition de la personne aidée
- Une difficulté à se reconnaître comme personne proche aidante et à nommer ses besoins
- Une méconnaissance du fonctionnement du système de santé et services sociaux québécois et des responsabilités de certaines professions
- Une méconnaissance des ressources et des services existants pour les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels et leur proche
- Une difficulté à communiquer en français sur des sujets complexes et intimes
Il s’agit des conditions liées au milieu de vie et de soins, aux réseaux de soutien, aux communautés locales, etc. C’est ce qui connecte les individus entre eux.
Facteurs facilitant l’accès aux services
- La présence d’une personne dans l’entourage qui œuvre dans le RSSS ou le domaine médical
- De l’aide pour utiliser les services de la part du personnel soignant
- De bons liens de confiance avec les prestataires de service
- Un accès simplifié à des ressources communautaires
- La présence de personnel immigrant, racisé, ayant des référents culturels communs ou parlant sa langue
Obstacles à l’accès aux services
- Une difficulté à établir des liens de confiance alimentée par des enjeux de communication ou des expériences passées de soins jugés inadéquats
- Un manque d’empathie et de considération de la part des équipes soignantes
- Un isolement exacerbé par un manque de réseau social établi au Québec
Ces facteurs sont liés aux systèmes, à l’organisation du système de santé et des services sociaux, aux normes et cultures organisationnelles, à l’offre de services, etc.
Facteurs facilitant l’accès aux services
- La gratuité des soins, lorsque les personnes proches aidantes et les personnes aidées y sont admissibles
- Des prestations et des crédits d’impôt adéquats et accessibles
- Des mesures de conciliation travail-famille-proche aidance
- La résidence permanente ou la citoyenneté
- Un emploi qualifié, bien rémunéré, flexible et stable
Obstacles à l’accès aux services
- Un manque général de services et un manque de flexibilité dans ceux qui sont disponibles
- Un manque de services culturellement adaptés
- Le roulement, le manque de personnel, d’interprètes ou de services dans la langue maternelle
- Des critères d’accès trop restrictifs aux services, prestations et crédits d’impôt pour les personnes proches aidantes
- Une difficulté à se faire entendre et se reconnaître comme partenaires légitimes auprès des équipes soignantes et à faire reconnaître ses enjeux et besoins
- Des expériences vécues de stigmatisation, de discrimination ou de racisme qui minent la confiance envers les services
- Un manque d’information accessible sur les ressources, les services existants, et les droits des personnes proches aidantes
- L’éloignement géographique des services adaptés
- Des conditions socioéconomiques précaires
Samson, M-E., Le Gall, J., Pinchinat Jean-Charles, K., … et Johnson-Lafleur, J. (2024). Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec. Institut universitaire SHERPA. Consulter.
À retenir
- Les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels ont des profils très diversifiés
- Le croisement de plusieurs facteurs tels que l’isolement, la précarité socioéconomique et les barrières linguistiques complique l’accès aux soins et aux services
- Les difficultés rencontrées par les personnes proches aidantes de groupes ethnoculturels minoritaires dans l’accès et l’utilisation des services n’ont pas comme principales causes des différences ou des préférences individuelles. Les obstacles sont davantage structurels. Plusieurs sont directement liés à l’organisation du RSSS et au déploiement des ressources et des services.
- Les stéréotypes ou idées préconçues sur certaines communautés peuvent également influencer négativement leurs expériences d’accompagnement
- En conséquence, certaines personnes se tournent vers des solutions alternatives, comme le privé ou des services dans leur pays d’origine, tandis que d’autres s’isolent davantage et demeurent sans services malgré leurs besoins
- Il est essentiel de mettre en place des soutiens adaptés, inclusifs et sensibles à la diversité des expériences vécues
Pour plus de détails et témoignages, consultez la synthèse de la recherche Les expériences de personnes appartenant à un groupe ethnoculturel minoritaire qui prennent soin d’un·e proche au Québec, réalisée dans le cadre de la mesure 30 du Plan d’action gouvernemental en proche aidance (2021-2026).
















